
– C'est la quintessence de l'alexandra, dont la pègre ne connaîtra jamais que d'indignes dilutions.»
A d'aussi augustes sentences, il n'y a rien à ajouter.
– Monsieur Tach, avant toute chose, je tiens à vous présenter les excuses de la profession entière au nom de ce qui s'est passé hier.
– Que s'est-il donc passé hier?
– Eh bien, ce journaliste qui nous a déshonorés en vous importunant.
– Ah, je me souviens. Un garçon bien sympathique. Quand le reverrai-je?
– Jamais, rassurez-vous. Si cela peut vous faire plaisir, il est malade comme un chien aujourd'hui.
– Le pauvre garçon! Que lui est-il arrivé?
– Trop de porto flip.
– J'ai toujours su que le porto flip était une crasse. Si j'avais eu connaissance de son goût pour les breuvages revigorants, je lui aurais préparé un bon alexandra: rien de tel pour le métabolisme. Voulez-vous un alexandra, jeune homme?
– Jamais pendant le service, merci.
Le journaliste ne remarqua pas le regard de suspicion intense que lui valut ce refus.
– Monsieur Tach, il ne faut pas en vouloir à notre collègue d'hier. Rares sont les journalistes, il faut bien le dire, qui ont été formés à rencontrer des êtres tels que vous…
– Il ne manquerait plus que ça. Former de braves gens à me rencontrer! Une discipline qui s'appellerait «l'Art d'aborder les génies»! Quelle horreur!
– N'est-ce pas? J'en conclus que vous n'en voulez pas à notre confrère. Merci pour votre indulgence.
– Vous êtes venu pour me parler de votre collègue ou pour me parler de moi?
– De vous, bien sûr, ce n'était qu'un préambule.
– Dommage. Ma foi, cette perspective m'accable tant que j'ai besoin d'un alexandra. Veuillez attendre quelques instants – c'est de votre faute, après tout, vous n'aviez qu'à ne pas me parler d'alexandra, vous m'en avez donné envie avec vos histoires.
– Mais je ne vous ai pas parlé d'alexandra!
