
Au bas d’une montée plus raide, la voiture s’arrêta de nouveau. Le cocher vint à la portière et l’ouvrit, puis, sans façons:
– Si Monsieur voulait bien descendre. La côte est un peu dure pour le cheval. – Et lui-même fit la montée en tenant par la bride la haridelle. À mi-côte il se retourna vers moi, qui marchais en arrière:
– On est bientôt rendu, dit-il sur un ton radouci. Tenez: voilà le parc. Et je distinguai devant nous, encombrant le ciel découvert, une sombre masse d’arbres. C’était une avenue de grands hêtres, sous laquelle enfin nous entrâmes, et où nous rejoignîmes la première route que nous avions quittée. Le cocher m’invita à remonter dans la voiture, qui parvint bientôt à la grille; nous pénétrâmes dans le jardin.
Il faisait trop sombre pour que je pusse rien distinguer de la façade du château; la voiture me déposa devant un perron de trois marches, que je gravis, un peu ébloui par le flambeau qu’une femme sans âge, sans grâce, épaisse et médiocrement vêtue tenait à la main et dont elle rabattait vers moi la lumière. Elle me fit un salut un peu sec. Je m’inclinai devant elle, incertain…
– Madame Floche, sans doute?…
– Mademoiselle Verdure simplement. Monsieur et Madame Floche sont couchés. Ils vous prient d’excuser s’ils ne sont pas là pour vous recevoir; mais on dîne de bonne heure ici.
– Vous-même, Mademoiselle, je vous aurai fait veiller bien tard.
– Oh! moi, j’y suis faite, dit-elle sans se retourner.
Elle m’avait précédé dans le vestibule. – Vous serez peut-être content de prendre quelque chose?
– Ma foi, je vous avoue que je n’ai pas dîné.
Elle me fit entrer dans une vaste salle à manger où se trouvait préparé un médianoche confortable.
– À cette heure, le fourneau est éteint; et à la campagne il faut se contenter de ce que l’on trouve.
