
— Faut voter quoi, vous qu’êtes intelligent ?
Cet appel direct à sa conscience civique flatte et trouble le Mastar.
Il réfléchit (car, tu le connais : il a besoin de beaucoup réfléchir pour avoir des idées) et déclare doctement :
— Vote donc rouge, pour commencer, gamin. T’auras toujours le temps de blanchir par la suite.
« Et, à propos de rouge, aboule-nous un coup de beaujolpif en catastrophe : j’ai les bielles qui chauffent.
Car le beaujolais, c’est la mission du vieux Berthier dans ton monde borné. Sa raison d’être et sociale. On vient chez lui uniquement pour son Juliénas.
Nous gagnons la table la plus proche et on s’affale sur une banquette de moleskine dont le crin tanné par trois millions cinq cent mille culs est devenu plus dur que le béton.
Roro apporte la boutanche réclamée.
Tu devrais voir officier Pépère ! Chez nous, à Mars, qu’on s’hydrate par capillarité, personne pourrait comprendre le cérémonial. On penserait à une forme de coït. La manière que Béru renifle le goulot comme s’il serait taste-parfum chez Guerlain ! L’onction du versage. La nouvelle reniflante avant de porter le verre à sa bouche. Et puis alors, le fin des fins, le panard tout suprême… The drink ! Il boit, le regard fermé, la bouche en anus de jument. Il boit avec la langue, avec le gosier, le nez, le palais, le panais. Il boit en faisant un bruit de siphonnage. C’est la grande extase éclairée au néon. Clappement de langue. La respiration qui témoigne. Un velours ! Ses papilles gustatives viennent de lâcher la puberté. Il mouille de la menteuse. C’est la botte. La botte secrète ! Il vagine. Gémit longuement, pire que fille comblée.
T’as déjà rencontré de pareilles z’extases, toi, Dunœud ? Moi non plus, jamais ! Même à Mars où le fade se prend par bain de siège.
— C’est meilleur que l’élesdé, hein ? soupire-t-il. D’ailleurs l’élesdé
