Pour retrouver le code d'accès à l'immeuble, ses mains se frayèrent un chemin sous ses vêtements: la gauche vers l'agenda glissé dans une poche intérieure, la droite vers ses lunettes enfouies dans une poche pectorale. Puis, le portail franchi, négligeant l'ascenseur, il attaqua fermement un escalier de service. Il parvint au sixième étage moins essoufflé que j'aurais cru, devant une porte mal repeinte en rouge brique et dont les montants témoignaient d'au moins deux tentatives d'effraction. Pas de nom sur cette porte, juste une photo punaisée, gondolée aux angles et représentant le corps sans vie de Manuel Montoliu, ex-matador recyclé péon, après qu'un animal nommé Cubatisto lui eut ouvert le cœur comme un livre le 1er mai 1992: Ferrer frappa deux coups légers sur cette photo.

Le temps qu'il attendait, les ongles de sa main droite s'enfoncèrent légèrement dans la face interne de son avant-bras gauche, juste au-dessus du poignet, là où se croisent nombre de tendons et de veines bleues sous la peau plus blanche. Puis, très brune aux cheveux très longs, pas plus de trente ans ni moins d'un mètre soixante-quinze, la jeune femme prénommée Laurence qui venait d'ouvrir la porte lui sourit sans prononcer un mot avant de la refermer sur eux. Et le lendemain matin vers dix heures, Ferrer repartit vers son atelier.

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Six mois plus tard, vers dix heures également, le même Félix Ferrer descendit d'un taxi devant le terminal B de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, sous un soleil naïf de juin, voilé vers le nord-ouest. Comme Ferrer arrivait très en avance, l'enregistrement de son vol n'avait pas commencé: pendant trois petits quarts d'heure, l'homme dut arpenter les halls en poussant un chariot chargé d'une sacoche, d'un sac et de son manteau devenu épais pour la saison. Une fois qu'il eut repris un café, acheté des mouchoirs jetables et de l'aspirine effervescente, il chercha quelque endroit tranquille où patienter en paix.



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