S'il eut du mal à en trouver, c'est qu'un aéroport n'existe pas en soi. Ce n'est qu'un lieu de passage, un sas, une fragile façade au milieu d'une plaine, un belvédère ceint de pistes où bondissent des lapins à l'haleine chargée de kérosène, une plaque tournante infestée de courants d'air qui charrient une grande variété de corpuscules aux innombrables origines – grains de sable de tous les déserts, paillettes d'or et de mica de tous les fleuves, poussières volcaniques ou radioactives, pollens et virus, cendre de cigare et poudre de riz. Trouver un coin paisible n'y est pas des plus faciles mais Ferrer finit par découvrir, au sous-sol du terminal, un centre spirituel œcuménique dans les fauteuils duquel on pouvait calmement ne pas penser à grand-chose. Il y tua un peu de temps avant de faire enregistrer ses bagages et de traîner en zone détaxée où il n'acquit aucun alcool ni tabac ni parfum, ni rien. Il ne partait pas en vacances. Il n'était pas question de s'alourdir.

Il embarqua peu avant treize heures à bord d'un DC-10 dans lequel une musique sphérique, réglée au plus bas pour apaiser le client, l'accompagnait dans son installation. Ferrer plia son manteau, l'introduisit avec la sacoche dans le caisson à bagages puis, installé dans le minuscule mètre carré qui lui était imparti contre un hublot, il entreprit de l'aménager: ceinture bouclée, journaux et revues disposés devant lui, lunettes et somnifère à portée de la main. Le siège contigu au sien étant par chance inoccupé, il pourrait l'utiliser comme annexe.

Puis c'est toujours pareil, on patiente, d'une oreille évasive on écoute les annonces enregistrées, d'un œil absent on suit les démonstrations de sécurité.



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