
– Faut-il me rendre agréable en me parjurant?
– Mais où donc allez-vous prendre tous ces grands mots-là?
– Dans le droit que chaque homme a de rester fidèle à sa conscience.
– Bah! dit Chon, quand on sert un maître, ce maître assume sur lui toute responsabilité.
– Je n’ai pas de maître, grommela Gilbert.
– Et au train dont vous y allez, petit niais, dit Chon en se levant comme une belle paresseuse, vous n’aurez jamais de maîtresse. Maintenant, je répète ma question, répondez-y catégoriquement: que comptez-vous faire chez nous?
– Je croyais qu’il n’était pas besoin de se rendre agréable quand on pouvait se rendre utile.
– Et vous vous trompez: on ne rencontre que des gens utiles, et nous en sommes las.
– Alors je me retirerai.
– Vous vous retirerez?
– Oui sans doute; je n’ai point demandé à venir, n’est-ce pas? Je suis donc libre.
– Libre! s’écria Chon, qui commençait à se mettre en colère de cette résistance à laquelle elle n’était pas habituée. Oh! que non!
La figure de Gilbert se contracta.
– Allons, allons, dit la jeune femme, qui vit au froncement de sourcils de son interlocuteur qu’il ne renonçait pas facilement à sa liberté. Allons, la paix!… Vous êtes un joli garçon, très vertueux, et en cela vous serez très divertissant, ne fût-ce que par le contraste que vous ferez avec tout ce qui nous entoure. Seulement, gardez votre amour pour la vérité.
– Sans doute, je le garderai, dit Gilbert.
– Oui; mais nous entendons la chose de deux façons différentes. Je dis: gardez-le pour vous, et n’allez pas célébrer votre culte dans les corridors de Trianon ou dans les antichambres de Versailles.
– Hum! fit Gilbert.
– Il n’y a pas de hum! Vous n’êtes pas si savant, mon petit philosophe, que vous ne puissiez apprendre beaucoup de choses d’une femme; et d’abord, premier axiome: on ne ment pas en se taisant; retenez bien ceci.
