
– Si fait! dit Gilbert les yeux étincelants, au contraire.
– Et votre ambition, si je me souviens bien, était d’être médecin?
– Je regarde la mission de porter secours à ses semblables comme la plus belle qu’il y ait au monde.
– Eh bien! votre rêve sera réalisé.
– Comment cela?
– Vous serez médecin, et médecin du roi, même.
– Moi! s’écria Gilbert; moi, qui n’ai pas les premières notions de l’art médical?… Vous riez, madame.
– Eh! Zamore sait-il ce que c’est qu’une herse, qu’un mâchicoulis, qu’une contrescarpe? Non, vraiment, il l’ignore et ne s’en inquiète pas. Ce qui n’empêche pas qu’il ne soit gouverneur du château de Luciennes, avec tous les privilèges attachés à ce titre.
– Ah! oui, oui, je comprends, dit amèrement Gilbert, vous n’avez qu’un bouffon, ce n’est point assez. Le roi s’ennuie; il lui en faut deux.
– Bien, s’écria Chon, le voilà qui reprend sa mine allongée. En vérité, vous vous rendez laid à faire plaisir, mon petit homme. Gardez toutes ces mines fantasques pour le moment où la perruque sera sur votre tête et le chapeau pointu sur la perruque; alors, au lieu d’être laid, ce sera comique.
Gilbert fronça une seconde fois le sourcil.
– Voyons, dit Chon, vous pouvez bien accepter le poste de médecin du roi, quand M. le duc de Tresme sollicite le titre de sapajou de ma sœur?
Gilbert ne répondit rien. Chon lui fit l’application du proverbe: «Qui ne dit mot, consent.»
– Pour preuve que vous commencez d’être en faveur, dit Chon, vous ne mangerez point aux offices.
– Ah! merci, madame, répondit Gilbert.
– Non, j’ai déjà donné des ordres à cet effet.
– Et où mangerai-je?
– Vous partagerez le couvert de Zamore.
– Moi?
– Sans doute; le gouverneur et le médecin du roi peuvent bien manger à la même table. Allez donc dîner avec lui si vous voulez.
