– Je n’ai pas faim, répondit rudement Gilbert.


– Très bien, dit Chon avec tranquillité; vous n’avez pas faim maintenant, mais vous aurez faim ce soir.


Gilbert secoua la tête.


– Si ce n’est ce soir, ce sera demain, après-demain. Ah! vous vous adoucirez, monsieur le rebelle, et si vous nous donnez trop de mal, nous avons M. le correcteur des pages qui est à notre dévotion.


Gilbert frissonna et pâlit.


– Rendez-vous donc près du seigneur Zamore, dit Chon avec sévérité; vous ne vous en trouverez pas mal; la cuisine est bonne; mais prenez garde d’être ingrat, car on vous apprendrait la reconnaissance.


Gilbert baissa la tête.


Il en était ainsi chaque fois qu’au lieu de répondre il venait de se résoudre à agir.


Le laquais qui avait amené Gilbert attendait sa sortie. Il le conduisit dans une petite salle à manger attenante à l’antichambre où il avait été introduit. Zamore était à table.


Gilbert alla s’asseoir près de lui, mais on ne put le forcer à manger.


Trois heures sonnèrent; madame du Barry partit pour Paris. Chon, qui devait la rejoindre plus tard, donna ses instructions pour qu’on apprivoisât son ours. Force entremets sucrés s’il faisait bon visage; force menaces, suivies d’une heure de cachot, s’il continuait de se rebeller.


À quatre heures, on apporta dans la chambre de Gilbert le costume complet du médecin malgré lui: bonnet pointu, perruque, justaucorps noir, robe de même couleur. On y avait joint la collerette, la baguette et le gros livre.


Le laquais, porteur de toute cette défroque, lui montra l’un après l’autre chacun de ces objets; Gilbert ne témoigna aucune intention de résister.


M, Grange entra derrière le laquais, et lui apprit comment on devait mettre les différentes pièces du costume; Gilbert écouta patiemment toute la démonstration de M. Grange.



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