
– À Paris.
– Rue Saint-Claude?
– Si vous le voulez bien… Mais le roi qui attend!…
– C’est ce qui me déciderait, duc, si je n’étais déjà décidée. Il m’a tourmentée; à ton tour de rager, La France!
– Mais on va vous croire enlevée, perdue.
– D’autant mieux qu’on m’a vue avec vous, maréchal.
– Tenez, comtesse, je vais être franc à mon tour: j’ai peur.
– De quoi?
– J’ai peur que vous ne racontiez cela à quelqu’un, et que l’on ne se moque de moi.
– Alors on se moquera de nous deux, puisque j’y vais avec vous.
– Au fait, comtesse, vous me décidez. D’ailleurs, si vous me trahissez, je dis…
– Que dites-vous?
– Je dis que vous êtes venue avec moi, en tête à tête.
– On ne vous croira pas, duc.
– Eh! eh! comtesse si Sa Majesté n’était pas là…
– Champagne! Champagne! ici, derrière ce buisson, qu’on ne nous voie pas. Germain, la portière. C’est cela. Maintenant, à Paris, rue Saint-Claude, au Marais, et brûlons le pavé.
Chapitre LXXXIII Le courrier
Il était six heures du soir.
Dans cette chambre de la rue Saint-Claude, où nous avons déjà introduit nos lecteurs, Balsamo était assis près de Lorenza éveillée, et essayait par la persuasion d’adoucir cet esprit rebelle à toutes les prières.
Mais la jeune femme le regardait de travers, comme Didon regardait Énée prêt à partir, ne parlait que pour faire des reproches, et n’étendait la main que pour repousser.
Elle se plaignait d’être prisonnière, d’être esclave, et de ne plus respirer, de ne plus voir le soleil. Elle enviait le sort des plus pauvres créatures, des oiseaux, des fleurs. Elle appelait Balsamo son tyran.
Puis, passant du reproche à la colère, elle mettait en lambeaux les riches étoffes que son mari lui avait données pour égayer par des semblants de coquetterie la solitude qu’il lui imposait.
