
De son côté, Balsamo lui parlait avec douceur et la regardait avec amour. On voyait que cette faible et irritable créature prenait une énorme place dans son cœur, sinon dans sa vie.
– Lorenza, lui disait-il, mon enfant chéri, pourquoi montrer cet esprit d’hostilité et de résistance? pourquoi ne pas vivre avec moi, qui vous aime au delà de toute expression, comme une compagne douce et dévouée? Alors vous n’auriez plus rien à désirer; alors vous seriez libre de vous épanouir au soleil comme ces fleurs dont vous parliez tout à l’heure, d’étendre vos ailes comme ces oiseaux dont vous enviez le sort; alors nous irions tous deux partout ensemble; alors vous reverriez non seulement ce soleil qui vous charme tant, mais encore les soleils factices des hommes, ces assemblées où vont les femmes de ce pays; vous seriez heureuse selon vos goûts, en me rendant heureux à ma manière. Pourquoi ne voulez-vous pas de ce bonheur, Lorenza, qui, avec votre beauté, votre richesse, rendrait tant de femmes jalouses?
– Parce que vous me faites horreur, répondit la fière jeune femme.
Balsamo attacha sur Lorenza un regard empreint à la fois de colère et de pitié.
– Vivez donc ainsi que vous vous condamnez à vivre, dit-il, et, puisque vous êtes si fière, ne vous plaignez pas.
– Je ne me plaindrais pas non plus si vous me laissiez seule, je ne me plaindrais pas si vous ne vouliez point me forcer à vous parler. Restez hors de ma présence, ou, quand vous viendrez dans ma prison, ne me dites rien, et je ferai comme ces pauvres oiseaux du Sud que l’on tient en cage: ils meurent, mais ils ne chantent pas.
Balsamo fit un effort sur lui-même.
– Allons, Lorenza, dit-il, de la douceur, de la résignation; lisez donc une fois dans mon cœur, dans ce cœur qui vous aime au-dessus de tout chose. Voulez-vous des livres?
