Fritz l’attendait au salon avec un homme vêtu d’une veste de coureur et chaussé de bottes épaisses armées de longs éperons.


La physionomie vulgaire de cet homme annonçait un homme du peuple, son œil seul recélait une parcelle de feu sacré qu’on eût dit lui avoir été communiquée par une intelligence supérieure à la sienne.


Sa main gauche était appuyée sur un fouet court et noueux, tandis que sa main droite figurait des signes que Balsamo, après un court examen, reconnut, et auxquels, muet lui-même, il répondit en effleurant son front du doigt indicateur.


La main du postillon monta aussitôt à sa poitrine, où elle traça un nouveau caractère qu’un indifférent n’eût pas reconnu, tant il ressemblait au geste que l’on fait pour attacher un bouton.


À ce dernier signe, le maître répondit par l’exhibition d’une bague qu’il portait au doigt.


Devant ce symbole redoutable, l’envoyé plia un genou.


– D’où viens-tu? dit Balsamo.


– De Rouen, maître.


– Que fais-tu?


– Je suis courrier au service de madame de Grammont.


– Qui t’a placé chez elle?


– La volonté du grand Cophte.


– Quel ordre as-tu reçu en entrant à son service?


– De n’avoir pas de secrets pour le maître.


– Où vas-tu?


– À Versailles.


– Qu’y portes-tu?


– Une lettre.


– À qui?


– Au ministre.


– Donne.


Le courrier tendit à Balsamo une lettre qu’il venait de tirer d’un sac de cuir attaché derrière son dos.


– Dois-je attendre? demanda-t-il.


– Oui.


– J’attends.


– Fritz!


L’Allemand parut.


– Cache Sébastien dans l’office.


– Oui, maître.


– Il sait mon nom! murmura l’adepte avec une superstitieuse frayeur.



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