
– Il sait tout, lui répliqua Fritz en l’entraînant. Balsamo resta seul: il regarda le cachet bien pur et bien profond de cette lettre, que le coup d’œil suppliant du courrier semblait lui avoir recommandé de respecter le plus possible.
Puis, lent et pensif, il remonta vers la chambre de Lorenza et ouvrit la porte de communication.
Lorenza dormait toujours, mais fatiguée, mais énervée par l’inaction. Il lui prit la main qu’elle serra convulsivement, et il appliqua sur son cœur la lettre du courrier, toute cachetée qu’elle était.
– Voyez-vous? lui dit-il.
– Oui, je vois, répondit Lorenza.
– Quel est l’objet que je tiens à la main?
– Une lettre.
– Pouvez-vous la lire?
– Je le puis.
– Lisez-la donc, alors.
Alors Lorenza, les yeux fermés, la poitrine haletante, récita mot à mot les lignes suivantes, que Balsamo écrivait sous sa dictée à mesure qu’elle parlait:
«Cher frère,
«Comme je l’avais prévu, mon exil me sera au moins bon à quelque chose. J’ai quitté ce matin le président de Rouen; il est à nous, mais timide. Je l’ai pressé en votre nom. Il se décide enfin, et les remontrances de sa compagnie seront avant huit jours à Versailles.
«Je pars immédiatement pour Rennes, afin d’activer un peu Caradeuc et La Chalotais, qui s’endorment.
«Notre agent de Caudebec se trouvait à Rouen. Je l’ai vu. L’Angleterre ne s’arrêtera pas en chemin; elle prépare une verte notification au cabinet de Versailles.
«X… m’a demandé s’il fallait la produire. J’ai autorisé.
«Vous recevrez les derniers pamphlets de Thévenot, de Morande et de Delille contre la du Barry. Ce sont des pétards qui feraient sauter une ville.
«Une mauvaise rumeur m’était venue: il y avait de la disgrâce dans l’air. Mais vous ne m’avez pas encore écrit, et j’en ris. Cependant, ne me laissez pas dans le doute et répondez-moi courrier par courrier.
