
M. de Sartine fut pris d’une toux d’irritation.
Balsamo s’arrêta, et attendit tranquillement que la toux fût calmée.
– Donc, continua-t-il quand le lieutenant de police lui en laissa le loisir, voilà le spéculateur au grenier enrichi du surcroît de la valeur; voyons, est ce clair, cela?
– Parfaitement clair, dit M. de Sartine; mais, à ce que je vois, monsieur, vous auriez la prétention de me dénoncer une conspiration ou un crime dont Sa Majesté serait l’auteur.
– Justement, reprit Balsamo, vous comprenez.
– C’est hardi, monsieur, et je suis véritablement curieux de savoir comment le roi prendra votre accusation; j’ai bien peur que le résultat ne soit précisément le même que je me proposais en feuilletant les papiers de cette cassette avant votre arrivée; prenez-y garde, monsieur, vous aboutirez toujours à la Bastille.
– Ah! voilà que vous ne me comprenez plus.
– Comment cela?
– Mon Dieu, que vous me jugez mal et que vous me faites tort, monsieur, en me prenant pour un sot! Comment, vous vous figurez que je vais m’aller attaquer au roi, moi, un ambassadeur, un curieux?… Mais ce que vous dites là serait l’œuvre d’un niais. Écoutez-moi donc jusqu’au bout, je vous prie.
M. de Sartine fit un mouvement de tête.
– Ceux qui ont découvert cette conspiration contre le peuple français… – pardonnez-moi le temps précieux que je vous prends, monsieur; mais vous verrez tout à l’heure que ce n’est point du temps perdu – ceux qui ont découvert cette conspiration contre le peuple français sont des économistes, qui, très laborieux, très minutieux, en appliquant leur loupe investigatrice sur ce tripotage, ont remarqué que le roi ne jouait pas seul.
