– Cette femme qui s’est évanouie ici, et que je vous ai confiée?


– Monseigneur, elle se porte à merveille, répliqua l’huissier.


– Très bien; amenez-la-moi.


– Où faut-il l’aller chercher, monseigneur?


– Comment! mais dans cette chambre.


– Elle n’y est plus, monseigneur.


– Elle n’y est plus! Où est-elle donc, alors?


– Je n’en sais rien.


– Elle est partie?


– Oui.


– Toute seule?


– Oui.


– Mais elle ne pouvait se soutenir.


– Monseigneur, c’est vrai, elle demeura quelques instants évanouie; mais, cinq minutes après que M. de Fœnix eut été introduit dans le cabinet de monseigneur, elle se réveilla de cet étrange évanouissement auquel ni essences ni sels n’avaient apporté de remède. Alors elle ouvrit les yeux, se leva au milieu de nous tous, et respira d’un air de satisfaction.


– Après?


– Après, elle se dirigea vers la porte; et, comme monseigneur n’avait en rien ordonné qu’on la retînt, elle est partie.


– Partie? s’écria M. de Sartine. Ah! malheureux que vous êtes! je vous ferai tous périr à Bicêtre! Vite, vite, qu’on m’envoie mon premier agent!


L’huissier sortit vivement pour obéir à l’ordre qu’il venait de recevoir.


– Le misérable est sorcier, murmura l’infortuné magistrat. Je suis lieutenant de police du roi, moi; il est lieutenant de police du diable, lui.


Le lecteur a déjà compris, sans doute, ce que M. de Sartine ne pouvait s’expliquer. Aussitôt après la scène du pistolet, et tandis que le lieutenant de police essayait de se remettre, Balsamo, profitant de ce moment de répit, s’était orienté, et, se tournant successivement vers les quatre points cardinaux, bien sûr de rencontrer Lorenza vers l’un d’eux, il avait ordonné à la jeune femme de se lever, de sortir, et de retourner par le même chemin qu’elle avait déjà pris, c’est-à-dire rue Saint-Claude.



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