
Aussitôt cette volonté formulée dans l’esprit de Balsamo, un courant magnétique s’était établi entre lui et la jeune femme, laquelle, obéissant à l’ordre qu’elle recevait par intuition, s’était levée et retirée sans que personne s’opposât à son départ.
M. de Sartine, le soir même, se mit au lit et se fit saigner; la révolution avait été trop forte pour qu’il put la supporter impunément, et un quart d’heure de plus, assura le médecin, il eût succombé à une attaque d’apoplexie.
Pendant ce temps, Balsamo avait reconduit la comtesse à son carrosse, et avait essayé de prendre congé d’elle; mais elle n’était pas femme à le quitter ainsi sans savoir, ou tout au moins sans chercher à savoir le mot de l’étrange événement qui venait de s’accomplir sous ses yeux.
Elle pria donc le comte de monter près d’elle; le comte obéit, et un piqueur emmena Djérid en main.
– Vous voyez, comte, si je suis loyale, dit-elle, et si, quand j’ai appelé quelqu’un mon ami, j’ai dit la parole avec la bouche ou avec le cœur. J’allais retourner à Luciennes, où le roi m’a dit qu’il devait venir me voir demain matin; mais votre lettre est venue et j’ai tout quitté pour vous. Beaucoup se fussent épouvantés de ces mots de conspirations et de conspirateurs que M. de Sartine nous jetait au visage; mais je vous ai regardé avant que d’agir et j’ai fait selon vos vœux.
– Madame, répondit Balsamo, vous avez payé amplement le faible service que j’ai pu vous rendre; mais avec moi rien n’est perdu; je sais être reconnaissant, vous vous en apercevrez. Ne croyez pas cependant que je sois un coupable, un conspirateur, comme dit M. de Sartine. Ce cher magistrat avait reçu des mains de quelqu’un qui me trahit ce coffret plein de mes petits secrets chimiques, secrets, madame la comtesse, que je veux vous faire partager, pour que vous conserviez cette immortelle, cette splendide beauté, cette éblouissante jeunesse.
