Il ouvrit alors un de ses vingt-quatre tiroirs et en tira un petit registre sur lequel, par ordre alphabétique, étaient écrits d’une fine écriture pleine d’abréviations trois ou quatre cents noms précédés, suivis et accompagnés d’accolades flamboyantes.


– Oh! oh! murmura-t-il, en voilà long sur ce Balsamo.


Et il lut toute la page avec des signes non équivoques de mécontentement.


Puis il replaça le petit registre dans son tiroir pour continuer l’inventaire du coffret.


Il n’alla pas bien loin sans être profondément impressionné. Et bientôt il trouva une note pleine de noms et de chiffres.


La note lui parut importante: elle était fort usée aux marges, fort chargée de signes faits au crayon. M. de Sartine sonna: un domestique parut.


– L’aide de la chancellerie, dit-il, tout de suite. Faites passer des bureaux à travers l’appartement pour économiser le temps.


Le valet sortit.


Deux minutes après, un commis, la plume à la main, le chapeau sous un bras, un gros registre sous l’autre, des manches de serge noire passées sur ses manches d’habit, se présentait au seuil du cabinet. M. de Sartine l’aperçut dans son meuble à glace et lui tendit le papier par-dessus son épaule.


– Déchiffrez-moi cela, dit-il.


– Oui, monseigneur, répondit le commis.


Ce devineur de charades était un petit homme mince, aux lèvres pincées, aux sourcils froncés par la recherche, à la tête pâle et pointue du haut et du bas, au menton effilé, au front fuyant, aux pommettes saillantes, aux yeux enfoncés et ternes qui s’animaient par instants.


M. de Sartine l’appelait la Fouine.


– Asseyez-vous, lui dit le magistrat le voyant embarrassé de son calepin, de son codex de chiffres, de sa note et de sa plume.



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