
La Fouine s’assit modestement sur un tabouret, rapprocha ses jambes et se mit à écrire sur ses genoux, feuilletant son dictionnaire et sa mémoire avec une physionomie impassible.
Au bout de cinq minutes, il avait écrit:
§
«Ordre d’assembler trois mille frères à Paris.
§
«Ordre de composer trois cercles et six loges.
§
«Ordre de composer une garde au grand cophte, et de lui ménager quatre domiciles, dont un dans une maison royale.
§
«Ordre de mettre cinq cent mille francs à sa disposition pour une police.
§
«Ordre d’enrôler dans le premier des cercles parisiens toute la fleur de la littérature et de la philosophie.
§
«Ordre de soudoyer ou de gagner la magistrature et de s’assurer particulièrement du lieutenant de police, par corruption, par violence ou par ruse.»
La Fouine s’arrêta là un moment, non point que le pauvre homme réfléchit, il n’en avait garde, c’eût été un crime, mais parce que, sa page étant remplie et l’encre encore fraîche, il fallait attendre pour continuer.
M. de Sartine, impatient, lui arracha la feuille des mains et lut.
Au dernier paragraphe, une telle expression de frayeur se peignit sur tous ses traits, qu’il pâlit de se voir pâlir dans la glace de son armoire.
Il ne rendit pas la feuille au commis, mais il lui en passa une toute blanche.
Le commis recommença à écrire, à mesure qu’il déchiffrait; ce qu’il exécutait, au reste, avec une facilité effrayante pour les faiseurs de chiffres.
Cette fois, M. de Sartine lut par-dessus son épaule.
Il lut donc:
§
«Se défaire à Paris du nom de Balsamo, qui commence à être trop connu, pour prendre celui du comte de Fœ…»
Le reste du mot était enseveli dans une tache d’encre.
