
– Comment, vous ruiner?
– Elle le croyait du moins.
– Comte, je fais arrêter, dit la comtesse en riant. Est-ce donc au vif-argent qui court dans vos veines que vous devez cette immortalité qui fait qu’on vous dénonce au lieu de vous tuer? Faut-il que je vous descende ici ou que je vous reconduise chez vous?
– Non, madame; ce serait trop de bonté à vous que de vous déranger pour moi de votre chemin. J’ai là mon cheval Djérid.
– Ah! ce merveilleux animal qui dépasse, dit-on, le vent à la course?
– Je vois qu’il vous plaît, madame.
– C’est un magnifique coursier, en effet.
– Permettez-moi de vous l’offrir, à cette condition que vous le monterez seule.
– Oh! non, merci; je ne monte pas à cheval, ou du moins j’y monte fort timidement. Votre intention a donc pour moi tout le mérite du présent. Adieu, cher comte, n’oubliez pas, dans dix ans, mon philtre régénérateur.
– J’ai dit vingt ans.
– Comte, vous connaissez le proverbe: «J’aime mieux tenir…» Et même, si vous pouvez me le donner dans cinq ans… On ne sait pas ce qui peut arriver.
– Quand il vous plaira, comtesse. Ne savez-vous pas que je suis tout à vous?
– Un dernier mot, comte.
– J’écoute, madame.
– Il faut que je vous aie en bien grande confiance pour vous l’adresser.
Balsamo, qui avait déjà mis pied à terre, surmonta son impatience et se rapprocha de la comtesse.
– On dit partout, continua madame du Barry, que le roi a du goût pour cette petite Taverney.
– Ah! madame, dit Balsamo, est-ce possible?
– Un goût fort vif, à ce qu’on prétend. Il faut que vous me le disiez: si cela est vrai, comte, ne me ménagez pas; comte, traitez-moi en amie, je vous en conjure; comte, dites-moi la vérité.
