– Madame, répliqua Balsamo, je ferai plus; je vous garantis, moi, que jamais mademoiselle Andrée ne sera la maîtresse du roi.


– Et pourquoi cela, comte? s’écria madame du Barry.


– Parce que je ne le veux pas, dit Balsamo.


– Oh! fit madame du Barry, incrédule.


– Vous doutez?


– N’est-ce point permis?


– Ne doutez jamais de la science, madame. Vous m’avez cru quand j’ai dit oui; quand je dis non, croyez-moi.


– Mais enfin vous avez donc des moyens…?


Elle s’arrêta en souriant.


– Achevez.


– Des moyens capables d’annihiler la volonté du roi ou de combattre ses caprices?


Balsamo sourit.


– Je crée des sympathies, dit-il.


– Oui, je sais cela.


– Vous y croyez même.


– J’y crois.


– Eh bien, je créerai de même des répugnances, et, au besoin, des impossibilités. Ainsi tranquillisez-vous, comtesse, je veille.


Balsamo répandait tous ces lambeaux de phrases avec un égarement que madame du Barry n’eût pas pris, comme elle le prit, pour de la divination, si elle eut connu toute la soif fiévreuse qu’avait Balsamo de retrouver Lorenza au plus vite.


– Allons, dit-elle, décidément, comte, vous êtes non seulement mon prophète de bonheur, mais encore mon ange gardien. Comte, faites-y bien attention, je vous défendrai, défendez-moi. Alliance! alliance!


– C’est fait, madame, répliqua Balsamo.


Et il baisa encore une fois la main de la comtesse.


Puis, refermant la portière du carrosse, que la comtesse avait fait arrêter aux Champs-Élysées, il monta sur son cheval, qui hennit de joie, et disparut bientôt dans l’ombre de la nuit.


– À Luciennes! cria madame du Barry consolée.


Balsamo, cette fois, fit entendre un léger sifflement, pressa légèrement les genoux et enleva Djérid, qui partit au galop.



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