
Je me suis demandé s’il était vraiment possible que des hommes eussent rendu visite à ce corps céleste. Si, comme le laissaient entendre les photographies, ils y étaient allés à bord de fusées, de fusées mille fois plus grandes que celles, familières, des feux d’artifice de la Fête nationale. Mais si des hommes avaient rendu visite à la Lune, pourquoi n’y étaient-ils pas restés ? L’endroit était-il si inhospitalier que personne ne voulût y rester ?
Ou peut-être y étaient-ils restés et y vivaient-ils toujours. S’il faisait à ce point froid sur la Lune, me suis-je dit, les gens y résidant à la surface seraient obligés de faire du feu pour se tenir chaud. Il ne semblait pas y avoir de bois sur la Lune, à en juger par les photographies, aussi devaient-ils utiliser du charbon ou de la tourbe. Je me suis ensuite approché de la fenêtre pour examiner soigneusement la lune, cherchant des traces de feux de camp, de mines à ciel ouvert ou de toute autre industrie lunaire. Mais je n’en ai vu aucune. Ce n’était que la lune, tachetée et immuable. J’ai rougi de ma propre naïveté, rangé le livre dans sa cachette, chassé ces perfides pensées de mon esprit par une rapide prière et fini par m’endormir.
2
Avant de décrire la menace que redoutait Sam Godwin, menace qui s’est matérialisée dans notre village peu avant la Noël, il me revient d’expliquer un peu Williams Ford et la place de ma famille – et de celle de Julian – dans cette communauté
