Le Dépotoir se trouvait à distance de Williams Ford pour prévenir braconnage et troubles. Un ordre hiérarchique très strict en régissait l’accès. Il fonctionnait ainsi : les pilleurs professionnels engagés par la Propriété pour fouiller dans les ruines rapportaient leurs prises au Dépotoir, espace délimité par une clôture en pin (une espèce de palissade) au milieu d’une prairie ouverte. On triait sommairement les objets dès leur arrivée, puis on dépêchait des cavaliers à la Propriété pour informer des dernières trouvailles les hauts-nés, et divers Aristos (ou leurs serviteurs de confiance) venaient à cheval s’approprier les meilleurs morceaux. Le lendemain, on autorisait la classe bailleresse à se répartir ce dont ils n’avaient pas voulu, et ensuite, s’il restait encore quelque chose, les ouvriers sous contrat pouvaient fouiller, quand ils avaient estimé utile de faire le déplacement.

Chaque agglomération prospère disposait d’un Dépotoir, même si dans l’Est on l’appelait parfois Tiroir-Caisse, Décharge ou Ibay.

Ce jour-là, la chance nous a souri : des dizaines de charretées de récupération venaient d’arriver et on n’avait pas encore envoyé les cavaliers en informer la Propriété. Dès que Sam a annoncé le nom de Julian Comstock, le Réserviste en armes qui nous regardait avec suspicion à l’entrée de l’enclos s’est vivement écarté pour nous laisser passer.

Un Dépoteur rondelet s’est précipité vers nous, impatient de faire étalage de sa marchandise, tandis que nous mettions pied à terre et attachions nos montures. « Heureuse coïncidence, messieurs ! » s’est-il écrié surtout à l’adresse de Sam, Julian héritant d’un sourire prudent et moi d’un regard oblique chargé de mépris. « Vous cherchez quelque chose de particulier ?



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