— Des livres, a aussitôt indiqué Julian avant que Sam et moi pussions répondre.

— Des livres ! Eh bien, d’ordinaire, je les mets de côté pour le Conservateur du Dominion…

— Ce garçon est un Comstock, a précisé Sam. Je ne pense pas que vous envisagiez de le contrarier. »

L’homme a aussitôt rougi. « Non, bien sûr… Nous sommes d’ailleurs tombés sur quelque chose en fouillant… une espèce de bibliothèque en miniature… je vous montre, si vous voulez. »

Proposition alléchante, surtout pour Julian, qui a rayonné comme si on venait de l’inviter à une fête de Noël. Nous avons suivi le corpulent Dépoteur jusqu’à un chariot bâché arrivé depuis peu. Là, un ouvrier sans chemise sortait des paquets qu’il empilait près d’une tente.

Ces paquets entourés de ficelle étaient des livres… vieux et sans le moindre Imprimatur du Dominion. Ils devaient avoir plus d’un siècle, car malgré leur aspect passé, on voyait qu’il s’agissait d’une édition luxueuse et colorée, plutôt que du papier brun et raide utilisé par exemple pour les livres de Charles Curtis Easton. Ils n’avaient même pas beaucoup moisi. Leur odeur, sous l’aseptisant soleil d’Athabaska, ne recelait rien d’offensant.

« Sam ! » a murmuré Julian d’un ton d’extase. Le couteau tiré, il tranchait déjà la ficelle.

« Du calme ! » a suggéré Sam, moins enthousiaste que lui.

« Oh, mais… Sam ! On aurait dû venir avec un chariot.

— On ne peut pas partir avec des livres plein les bras, Julian, d’ailleurs, on ne nous le permettrait jamais. Les savants du Dominion auront tout ça et la plus grande partie finira soit brûlée, soit enfermée dans leurs Archives à New York. Mais avec un peu de discrétion, tu devrais pouvoir arriver à sortir un volume ou deux. »



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