
Fiona Hackworth déambulait dans le Conservatoire écologique royal, bien encadrée par ses parents, qui espéraient éviter ainsi que des débris de terre et de végétation ne maculent sa jupe. La stratégie n’avait pas rencontré un franc succès, mais en l’époussetant d’un geste preste, John et Gwendolyn parvinrent à transférer l’essentiel de la crasse sur leurs gants blancs. De là, elle se dissipa aussitôt dans les airs. La plupart des gants pour dames et messieurs étaient aujourd’hui constitués de fabricules infinitésimaux capables d’éjecter la poussière ; vous pouviez flanquer votre main gantée dans la boue, elle en ressortait immaculée quelques secondes plus tard.
La hiérarchie de salons d’apparat à bord de l’Æther se calquait à la perfection sur le statut de ses passagers, car on pouvait aisément décompiler et restructurer ces parties du bâtiment entre deux voyages. Pour Lord Finkle-McGraw, ses trois enfants et leurs épouses, et pour Elizabeth (jusqu’ici sa seule et unique petite-fille), l’aéronef déploya un escalator privé qui les conduisit à la suite de proue, qui bénéficiait d’une vue panoramique vers l’avant.
Derrière les Finkle-McGraw, on voyait une pente douzaine d’autres Lords actionnaires, comtes ou barons pour la plupart, guidant leurs petits-enfants (plutôt que leurs enfants) vers les suites de la classe B. Puis ce fut le tour des cadres, dont les chaînes de montre en or, où pendouillaient également bipeurs, téléphones, torches, boîtes à priser et autres fétiches, ceignaient les sombres pardessus qu’ils portaient pour masquer leur bedaine.
