
La source Victoria ; description de ses environs
Les bouches d’air de la source Victoria jaillissaient du sommet du Conservatoire écologique royal comme un bouquet de lis hauts de cent mètres. En dessous, l’analogie était complétée par l’arbre inversé de la tuyauterie qui étendait le réseau fractal de ses racines dans le bouclier de roche diamantifère de New Chusan pour aboutir dans les eaux chaudes de la mer de Chine méridionale, sous la forme d’innombrables capillaires ceinturant la falaise de corail intelligent, plusieurs dizaines de mètres sous la surface. Un énorme tube engloutissant l’eau de mer aurait en gros donné le même résultat, tout comme le bouquet de lis aurait pu être remplacé par une simple bouche béante, oiseaux et détritus venant se fracasser contre un grillage protecteur ensanglanté, avant qu’ils ne risquent d’aller engorger les entrailles du système.
Mais ça n’aurait pas été écologique. Les géotects de l’Impériale de Tectonique n’auraient pas été fichus de reconnaître un écosystème même s’ils avaient vécu en plein dedans. Ce qu’ils savaient en revanche, c’est que les écosystèmes pouvaient devenir extrêmement pénibles si l’on s’avisait d’y mettre le bordel, raison pour laquelle ils préservaient l’environnement avec la même obstination bornée, implacable, qu’ils mettaient à dessiner des passerelles ou des caniveaux. C’est pourquoi l’eau filtrait la source Victoria par des microtubes, un peu comme elle filtrait dans le sable d’une plage, tandis que l’air s’engouffrait en silence dans les pavillons exponentiels des lis : chaque corolle représentant dans l’espace des paramètres un point finalement bien proche d’une idée maîtresse. Elles étaient assez résistantes pour résister aux typhons mais assez souples pour bruire sous la brise. Les oiseaux venus divaguer à l’intérieur sentaient un gradient de pression qui les attirait vers le fond des ténèbres, et s’éloignaient aussitôt sans demander leur reste. Sans même être effrayés au point de déféquer.
