Les lis jaillissaient d’un vase en cristal taillé grand comme un stade. Touristes, pratiquants d’aérobic et rangées d’écoliers en uniforme le traversaient à longueur d’année, lorgnant au travers des parois de verre (en réalité de diamant massif, qui revenait moins cher), la succession de phases de démontage moléculaire qui constituait la source Victoria. L’air et l’eau pollués qui entraient étaient stockés dans des cuves. Chacune était flanquée d’une autre contenant un air ou une eau légèrement plus propres. Et ainsi de suite une douzaine de fois. Les cuves du bout étaient remplies d’azote parfaitement épuré et d’eau parfaitement limpide.

Les ingénieurs avaient baptisé cascade les rangées de cuves, indice plutôt abstrait de leurs fantasmes, passant largement au-dessus de la tête des touristes qui ne voyaient là rien qui vaille d’être immortalisé sur la pellicule. L’essentiel se déroulait dans l’épaisseur des parois séparant les cuves ; parois qui n’en étaient pas vraiment, mais plutôt un réseau infini de roues à rayons submicroscopiques en perpétuelle rotation. Chaque rayon interceptait une molécule d’azote, côté pollué, et la relâchait, après l’avoir brassée, côté propre. Tout ce qui n’était pas eau ou azote échappait aux rayons, et donc, ne franchissait pas le barrage. Il y avait également d’autres rouages chargés de récupérer les traces d’éléments bien utiles comme le carbone, le soufre et le phosphore ; ceux-là étaient dérivés en parallèle sur d’autres cascades plus petites, d’où ils ressortaient parfaitement purifiés à leur tour. Les molécules immaculées atterrissaient dans des réservoirs. Certaines étaient combinées avec d’autres pour former des composés moléculaires simples mais fort utiles. En bout de chaîne, tous ces produits se retrouvaient sur une série de tapis roulants qui constituaient la Nourrice, dont la source Victoria, ainsi que la demi-douzaine d’autres sources d’Atlantis/Shanghai étaient les déversoirs.



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