Les complications financières du mode de vie de Bud ; une visite chez un banquier

Bud se surprit du temps qu’il lui fallut pour que la colère l’amène à faire usage de son pistocrâne. La seule présence de l’engin lui donnait une telle confiance qu’aucun individu sensé n’aurait songé à venir lui chercher noise, surtout après avoir avisé le cuir noir et les Visis. Son œil torve suffisait à lui ouvrir un passage.


Il était temps de franchir une nouvelle étape. Il cherchait un boulot de vigie. Pas facile. L’industrie pharmaceutique parallèle livrait à la demande, gardant des stocks si bas que les flics étaient privés de pièces à conviction en cas de saisie. La came était cultivée dans des compilateurs de matière illicites, puis entreposée discrètement dans des HLM vides. Les coursiers se chargeaient ensuite de la livrer aux dealers proprement dits. Pendant ce temps-là, tout un nuage de vigies et de leurres s’agitait en mouvement brownien aux alentours, s’arrêtant le moins possible pour ne pas se faire repérer, et surveillant l’approche des flics (ou de leurs moniteurs de surveillance), bien planqués derrière leurs lunettes noires.

Quand Bud avait envoyé balader son dernier employeur, il était à peu près certain de décrocher un job de coursier. Mais ça n’avait pas débouché, et, dans l’intervalle, deux gros aéronefs avaient encore débarqué d’Amérique du Nord, dégorgeant sur le marché du travail des milliers de pouilleux blancs ou noirs. Il se retrouvait sans un sou vaillant et commençait à se lasser des repas gratuits délivrés par les compilateurs publics.

La Peacock Bank était un homme élégant, périt bouc poivre et sel, parfum de cédrat et veston excessivement cintré pour mieux mettre en valeur sa taille de guêpe. Il siégeait dans un bureau plutôt miteux, au-dessus d’une agence de voyages, dans l’un de ces immeubles sinistres situés entre l’Aérodrome et les bordels des quais.



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