
«Quel étrange pays que l'Afrique!»
pensa le jeune homme.
Il était assis dans une sorte de café, identique à d'autres cafés qu'il avait pu voir en parcourant les ruelles étroites de la ville.
Des hommes fumaient une pipe géante, qu'ils se passaient de bouche en bouche.
En l'espace de quelques heures, il avait vu des hommes qui se promenaient en se tenant par la main, des femmes au visage voilé, des prêtres qui montaient au sommet de hautes tours et se mettaient à chanter, tandis que tout le monde à l'entour s'agenouillait et se frappait la tête contre le sol.
« Pratiques d'infidèles », se dit-il. Lorsqu'il était enfant, il avait l'habitude de voir à l'église, dans son village, une statue de saint Jacques le Majeur sur son cheval blanc, l'épée dégainée, foulant aux pieds des personnages qui ressemblaient à ces gens. Il se sentait mal à l'aise et terriblement seul. Les infidèles avaient un regard sinistre.
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De plus, dans la hâte du grand départ, il mètres de là. Les moutons lui avaient avait oublié un détail, un seul petit détail, enseigné ces choses.
qui pouvait bien le tenir éloigné de son tré-
« Si Dieu guide si bien les brebis, Il gui-sor pendant un long temps : dans ce pays, dera aussi bien un homme», se dit-il; et tout le monde parlait arabe.
il se sentit rassuré. Le thé lui parut déjà
Le patron du café s'approcha, et lui dési-moins amer.
gna du doigt une boisson qu'il avait vu ser-
«Qui es-tu?» entendit-il demander, en vir à une autre table. C'était du thé, un thé
langue espagnole.
amer. Il aurait préféré boire du vin.
Il ressentit un immense réconfort. Il Mais ce n'était sûrement pas le moment songeait à des signes, et quelqu'un avait de se soucier de ce genre de choses. Il paru.
