
Il faisait encore sombre quand il s'éveilla.
Il regarda au-dessus de lui et vit scintiller 11
les étoiles au travers du toit à moitié effon-Depuis l'avant-veille, pourtant, il n'avait dré.
pratiquement pas eu d'autre sujet de
«J'aurais bien aimé dormir un peu plus conversation que cette jeune fille qui habi-longtemps », pensa-t-il. Il avait fait le même tait la ville où il allait arriver quatre jours rêve que la semaine précédente et, de nou-plus tard. C'était la fille d'un commerçant.
veau, s'était réveillé avant la fin.
Il n'était venu là qu'une fois, l'année pré-Il se leva et but une gorgée de vin. Puis il cédente. Le commerçant possédait un se saisit de sa houlette et se mit à réveiller magasin de tissus, et il aimait voir tondre les brebis qui dormaient encore. Il avait les brebis sous ses yeux, pour éviter toute remarqué que la plupart des bêtes sor-tromperie sur la marchandise. Un ami lui taient du sommeil sitôt que lui-même re-avait indiqué le magasin, et le berger y prenait conscience. Comme si quelque avait amené son troupeau.
mystérieuse énergie eût uni sa vie à celle des moutons qui, depuis deux ans, parcou-raient le pays avec lui, en quête de nourriture et d'eau. « Ils se sont si bien habitués à
moi qu'ils connaissent mes horaires», se dit-il à voix basse. Puis, après un instant de réflexion, il pensa que ce pouvait aussi bien être l'inverse: c'était lui qui s'était habitué aux horaires des animaux.
Il avait cependant des brebis qui tar-daient un peu plus à se relever. Il les réveilla une à une, avec son bâton, en appelant chacune d'elles par son nom. Il avait toujours été persuadé que les brebis étaient capables de comprendre ce qu'il disait.
Aussi leur lisait-il parfois certains passages des livres qui l'avaient marqué, ou bien il leur parlait de la solitude ou de la joie de vivre d'un berger dans la campagne, com-mentait les dernières nouveautés qu'il avait vues dans les villes par où il avait l'habitude de passer.
