Que faire ?

Il faudrait aux dirigeants le courage de dire et surtout d'agir. Car la « moraline » ne suffit pas.

Ils devraient savoir où conduit le « lâche soulagement », comme disait Léon Blum au lendemain de Munich, en 1938.

Fin, honnête, le leader du Front populaire voulait la paix, refusait l'« excitation du patriotisme » (septembre 1936), critiquait ceux qui croyaient la guerre inéluctable.

Esthète sensible, il détournait la tête pour ne pas voir les dangers.

C'est laid et brutal, la guerre.

Mais l'illusion s'est fracassée contre le réel.

Blum a été déporté par les nazis.

Des centaines de milliers de Français qui avaient défilé en clamant qu'ils voulaient le pain, la paix, la liberté, ont moisi quatre années dans les camps de prisonniers en Allemagne, victimes de dirigeants qui avaient préféré leur dire ce qu'ils voulaient entendre, que le temps était aux congés payés – mérités –, et non à la mobilisation et à la préparation à la guerre.

Elle eut lieu.

Et les parlementaires élus en 1936 dans l'« embellie » du Front populaire votèrent le 10 juillet 1940, à Vichy, la mort de la République. Seuls 80 d'entre eux s'y refusèrent.

Cette étrange défaite, le « plus atroce effondrement de notre histoire » (Marc Bloch), peut se reproduire.

Point n'est besoin d'une invasion étrangère.

Il suffit que, face à une crise intérieure avivée par une tension internationale, la lâcheté, le désir de rassurer, l'emportent sur le courage et la volonté.

Or la nation ne peut plus se permettre de dépendre des stratégies de carrière de dirigeants soucieux de rassembler leurs camps politiques, oubliant que la France les transcende.

« Je suis pour la France, disait de Gaulle en 1965 quand on l'accusait d'être le candidat de la droite. La France, c'est tout à la fois, c'est tous les Français. Ce n'est pas la gauche, la France ! Ce n'est pas la droite, la France ! Prétendre représenter la France au nom d'une fraction, c'est une erreur nationale impardonnable ! »



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