On le transporte ici. Pendant ce temps, l'enquête rondement menée par le commissaire de l'aéroport révèle que l'homme en question, un certain Kakaocho, débarquait de l'avion en provenance de Tahiti et s'apprêtait à prendre celui de Genève. Il se trouvait donc en transit lorsqu'on l'a poignardé. Deuxième volet de l'affaire. Le Dr Badouin qui a opéré la victime et qui se trouve être un de mes amis, me téléphone confidentiellement pour me demander si son malade ne serait pas par hasard Tabobo Hobibi, le ministre des Affaires étrangères de Sa Majesté Kelbobaba. Tout comme vous, il a lu ce reportage dans Planète sur l'archipel des Malotrus, et la photographie du ministre y figurait, paraît-il. Je vérifie la chose et constate que Badouin ne s'est pas trompé.

Il toussote dans son gant. J'en profite pour choper le relais.

— Vous avez donc conclu de tout cela que la reine s'apprêtait à arnaquer notre pays ?

— Ça coule de source : primo, elle repousse la signature du traité, secundo, elle expédie son ministre des Affaires étrangères à Genève sous un faux nom !

— En effet, Tabobo Hobibi allait vraisemblablement en Suisse pour y renconter le représentant d'une autre puissance également intéressée par l'île de Tanfédonpa.

— Voilà pourquoi je veux la vérité, de toute urgence, San-Antonio.

— Et que devient l'enquête ?

— A propos du crime ? Elle va son petit bonhomme de chemin. Selon des témoins, un homme de couleur aurait pénétré dans les toilettes sur les talons du ministre…

Il a déjà enfilé ses deux gants, mais il arrache brusquement le droit pour me présenter sa main.

— Je vous ai suffisamment fait perdre de temps ! déclare-t-il.

Il est gonflé, non ? Il a une manière de vous mettre en demeure d'usiner, le Déboisé, qui vaut son pesant de narcotique, je vous jure !



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