
Mais je reviens à Tabobo Hobibi, lequel ne revient pas à lui. J'ai un peu ellipse en tartinant sur son coma. Car, juste avant de sombrer, comme je lui posais la question suivante : « Qui dois-je prévenir ? », il a balbutié :
— Sœur… Sœur Marie des… Anges.
Et puis, bye-bye ! Sa tête est retombée et seule une respiration ronflante témoigne qu'il vit encore.
Quand sœur Marie des Anges radine, fumante, vitupérante, abondante, écornante (religieuse), je détourne sa rogne sur le mourant.
— Occupez-vous d'abord de lui, ma sœur, il vient de vous réclamer, le cher homme !
Le devoir professionnel l'emporte sur la colère.
La digne femme se penche sur le mystérieux messager de la reine Kelbobaba et pousse un grognement de profonde insatisfaction.
— Voilà un pauvre garçon qui va bientôt comparaître devant son créateur ! annonce-t-elle.
Et elle bondit au bigophone pour réclamer d'urgence le docteur et l'aumônier.
Je pense qu'en effet il est grand temps qu'on l'administre, le ministre.
CHAPITRE NUMBER THREE
Mes bonzes amis, il y a des gars qui se figurent que les objets inanimés ont une âme. J'ai connu un vieux célibataire frapadingue qui, dès qu'il possédait trois balles, courait acheter des ballons rouges afin de leur rendre la liberté. Il les prenait pour des oiseaux, ou peut-être même pour des esprits réingazés. Ça ressemble à un conte de Marcel Aymé, et pourtant c'est réel.
