
Elle s'approche du lit où somnole Bérurier et file une claque fracassante sur le postère pachydermique de Sa Majesté. Le Gravos barrit, rugit, mugit, éructe, étrusque, brusque et se séante en braquant sur Attila un œil plus cloaqueux qu'une côte bretonne en période de marée noire.
— Dites, poupée, il lui grommelle, vous avez appris votre job avec les lavandières du Portugal, ou quoi ?
Température ! annonce Attila en prenant sur un plateau un thermomètre qu'elle tend au Gravos.
— Oh ! à quoi bon t'est-ce me déranger le fignedé puisque j'ai plus de fièvre !
— Pas d'histoires, hein ! gronde le dragon.
— Alors dans le clapoire, consent le Gros en se filant le thermomètre au coin de la bouche, façon mégot.
Mais l'infirmière ne l'entend pas ainsi. Elle arrache le drap de Béru d'un geste impitoyable, dévoilant le dargeot le plus énorme, le plus rond, le plus noir, le plus velu, le plus redoutable, le plus ravaudé, le plus masculin, le plus organique qui ait jamais été hébergé dans cet hôpital.
— Prenez votre température comme on doit la prendre, sinon je vous place moi-même le thermomètre, menace dame Terreur.
— Très peu pour moi, une fois m'a suffi, abdique le Dodu eu extrayant le tube de verre d'un orifice pour se l'introduire dans un autre.
Il ajoute, la voix vinaigreuse :
— Quand vous prenez la température d'un malade, on dirait que vous voudriez planter des banderilles !
Attila émet un long rire, lugubre comme la grille rouillée d'un cimetière, et passe vers le lit numéro 2, lequel est occupé par un monsieur qu'on vient d'opérer du bide. Il est relativement mal en point, le client. Je voudrais pas qu'il m'entende, mais tout à fait entre nous et la plus proche succursale de la maison Borniol, je mettrais plus volontiers cent balles sur Tire-Bouchon II, dans la cinquième, que sur ses chances de survie.
