C'est un gus café-au-lait de teini, auquel sa récente laparotomie n'a pas donné des couleurs. Il a les lèvres blanches, les yeux enfoncés et l'air de se demander anxieusement ce qu'il fait là. Comme il est trop groggy pour se téléphoner soi-même le thermomètre, Attila s'en charge, mais dans les cas désespérés, elle abandonne le style Cordobés pour user de gestes plus charitables. J'occupe le troisième plumard de la pièce et suis, en l'occurrence, le dernier servi. J'ai droit à un sourire relativement cordial d'Attila.

— Vous paraissez en pleine forme ? me gazouille-t-elle.

— En effet, ma sœur, je me sens beaucoup mieux, admets-je.

Je pose le thermomètre sur sa rampe de lancement et laisse s'écouler soixante secondes sur le chrono de la sœur (dite de charité). Nous ne sommes que trois dans la piaule. Pour un hosto, la chambre est assez coquette : couleur crème, avec des meubles peints en blanc et une plante verte, pareille à un gros poireau, qui semble se complaire dans les senteurs d'éther.

Tout en suivant la ronde de son aiguille sur le chrono pendu à la chaîne de son crucifix portatif, elle sifflote sous sa moustache « O Jésus, doux et humble de cœur », un vieux tube catholique qu'Attila rafraîchit en le syncopant un peu.

— Dites, poupée, hèle l'Horrible qui s'impatiente, si dans un an et un jour vous êtes pas venue récupérer votre matériel, je vous préviens, il est à moi, hein ?

Attila déteste les plaisanteries du Gros ainsi que sa familiarité déplacée.

— Ça vous écorcherait la gueule de m'appeler sœur Marie des Anges, comme tout le monde ? apostrophe-t-elle.

Le Magistral éclate de rire.

— Oh ! dites donc, les anges, ils doivent s'en voler à tire-d'aile quand ils vous entendent rouscailler de la sorte ! J'en vois passer des escadrilles depuis mon pageot !



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