
Je coule un z'œil au cher Béru, tout juste remis de son délire provoqué. Lui, il est à bout de tension. Il en peut plus. Il déclare forfait.
— Allez, faites-nous pas languir davantage, m'sieur le directeur. Disez-le ce que vous avez sur la patate.
O miracle, ça coupe la chique au daron. Le Mastar vient de lui détruire le silence préparatoire en le rompant lui-même. Il a brisé la hideuse tension qui nous dramatisait la nervouze.
— Bérurier ! clame le big dabe.
Mais son cri n'est que le misérable beuglement du bœuf sur qui la vache attache un long regard. Lancé, stoïque, disert, repentant, abnégateur à bloc, martyr se délectant de ses misères, volontaire de la mort offrant sa poitrine velue aux plus rudes syllabes, Béru brave les courroux directoriaux, Il remonte la colère du Vieux comme un steamer remonte les courants mississippiens.
— Si vous engueuleriez quelqu'un, m'sieur le directeur, vaudrait mieux que ça soye moi seul, vu que mon supérieur ici présent nez poux rien dans c't'histoire. C'est par suite d'an malentendu que tout est arrivé.
Il raconte le vin, l'arrivée de la frangine, son réflexe.
Chaque fois que le Tondu veut parler, l'Enflure monte le ton. Il s'insurge. Il tisse mon salut sur l’autel de sa perte. Il paiera. Il est prêt. Il bourgeoisdecalise. Que sa tête tombe pour payer l'erreur, mais que la mienne du moins continue de flamboyer sous l'auréole du devoir accompli.
