
Un rhume qui sera des foins, poète comme je me sais !
Donc, ma boutade au Gros est, sans qu'il y paraisse, un véritable plan de country. Voilà pourquoi, quatre heures et dix minutes plus tard, Sa Majesté et moi passons la tête haute le seuil de l'hôtel Intermondial.
Ce magnifique établissement est situé en dehors de Genève sur le chemin de l'aéroport. Il dresse ses je-ne-sais-plus-combien-d'étages dans un îlot de verdure mamelonnée et constitue à lui tout seul une espèce de petite cité autonome, avec ses magasins, ses salles de restaurants, ses bars, son cinéma, ses terrains de jeux.
Un élévator nous hisse jusqu'au hall de réception où d'affables personnages nous accueillent. Vous nous verriez, mes drôles, que vous vous feriez des bleus plein les jambons tellement voua vous les claqueriez fort ! Je porte un complet bleu croisé, très strict. J'ai un bada à bord relevé, style Big Dabe, une cravate noire et un attaché-case à la main. Je chique les secrétaires empressés en gravitant autour d'un phénoménal Béru transformé en homme politique noir. Mathias, le rouquin du labo, l'a magnifiquement négroïdé, le Mastar ! Pour du beau travail, c'est du travail beau ! D'abord la couleur, œuf corse : un bistre très accentué. Ensuite les crins : une perruque crépue, descendant bas sur le front de taureau de mon dévoué compagnon. Et puis le nez : on lui a dilaté les narines à l'aide de petites boules de caoutchouc. Pour couronner le tout, il porte des lunettes cerclées d'or, Béru, et une énorme chevalière représentant un éléphant en train de tromper sa femme.
