
— Elle doit rappeler ?
— Elle ne l'a pas précisé.
Aucune importance, je sens que nous sommes sur le bon chemin, car si on a réclamé le pseudo Kakaocho on le redemandera sans doute encore, à moins, bien sûr que son énigmatique correspondant n'ait été mis au courant de l'attentat d'Orly.
Quelques minutes plus tard, nous nous trouvons dans deux chambres communicantes, luxueuses et agréables. J'ai commandé un whisky pour moi (double, vous vous en doutez) et une bouteille de juliénas pour Béru.
Notre filet est posé, il ne reste plus qu'à attendre.
C'est bien joli d'attendre.
Mais c'est long.
Le temps est plus difficile à tromper que les femmes.
Quand on attend pour attendre, on finit vite par se demander ce qu'on attend et par comprendre que, dans la vie, il n'y a qu'une chose de vraiment raisonnable à tenter ; c'est d'oublier le temps. Comment diantre oublier le temps lorsqu'on attend ?
Béru propose une belote. J'accepte. Je n'aime pas le jeu, mais je trouve les cartes jolies. Je serais bourré aux as, je me ferais faire des jeux de cartes par Picasso et par Buffet ; les habillés seulement. Je les mettrais sous verre. Ce serait chouette, non ?
Comme j'ai horreur de jouer, je triche pour que ça soit plus vite fini. Ou bien alors je fais exprès de perdre.
C'est selon mon humeur. Tricher, c'est encore marquer de l'intérêt aux brêmes. C'est leur donner une noblesse qu'elles ne méritent pas.
Pour faire plaisir au Gros, j'accumule bourde sur bourde. Ainsi « j'y vais » à cœur avec un simple sept, ce qui est assez téméraire, convenez-en. Pourtant, la veine s'obstine à me faire tarter et je gagne. L'après-midi s'écoule bon gré mal gré. J'ai beau loucher sur le bigophone, il ne se décide toujours pas. C'est rare pourtant qu'un turlu ne carillonne pas lorsque vous le regardez d'une certaine manière.
A la fin, je balance les cartons sur le guéridon.
