
— Et c'est quoi t’est-ce, ce blaze ?
— Mords l'ardoise que promène le chasseur !
Sa Majesté coule un regard sur l'objet indiqué.
— Bath, mon pote ! apprécie-t-il.
Puis il se tait, car le quidam sollicité par l'ardoise vient d'apercevoir son nom et se lève. Il ne s'agit pas du tout d'un jules du type conspirateur. Sir Harry Dezange est un grand vieillard aux cheveux couleur de neige (comme c'est joli un cliché de cette qualité !) et au teint rouge-brique. Il est très grand, très large d'épaules et, tout aristocratique qu'il paraisse, s'il ne chausse pas du 56, j'accepte volontiers de poser dans la vitrine de chez Fauchon avec du persil dans les narines. Il est attablé en compagnie d'un jeune type à tête de saurien qui, s'il lui reste un cheveu, ne peut que l'avoir sur la langue, vu que son crâne ressemble à une grosse olive verte.
Mine de rien je quitte ma place et fais un grand détour pour gagner les cabines téléphoniques.
Sir Harry Dezange vient de se boucler dans celle du fond. Je fonce dans la plus proche et je brandis mes étiquettes pour capter de l'indiscret et du croustillant, mais ces diables de cabines sont tellement bien insonorisées que si on passait la bande sonore des « Canons de Navarone » dans chacune d'elles simultanément, la préposée dn standard ne sourcillerait même pas.
Réalisant que mon opération « oreille-traînante » est inopérante, je me dirige vers la réception.
— Il y a longtemps que sir Dezange est arrivé chez vous ? demande-je au préposé dont il a été fait état plus haut.
Le brave garçon compulse son grand livre.
— Il est ici depuis avant-hier soir, pourquoi ?
— Alors c'est son cousin germain que j'ai rencontré ce matin à Paris, déclare-je négligemment.
Ce petit renseignement me confirme dans la certitude que l'Anglais est bien l'homme que nous cherchons. A présent il ne nous reste plus qu'une chose à faire : lui tirer les vers du pif, et ça risque de ne pas être commode vu que, généralement, plus les rosbifs sont vieux et titrés, moins ils sont loquaces.
