— C’est pas la musique qu’il aime pas, fit Lim, c’est toi, gros bête.

— Eh bien, sans motif. La garce ne demandait qu’à le dépuceler, c’est ma faute à moi s’il avait trop bu pour en profiter ? »

Lim ricana dans son nez cassé. « Et qui c’est qu’en a tiré une chanson, toi ou un autre faux cul amoureux de sa propre voix ?

— Je ne l’ai chantée qu’une fois…, se défendit plaintivement Tom. Puis qui pouvait dire qu’elle était sur lui ? elle parlait simplement d’un poisson…

— D’un poisson flasque ! » s’esbaudit Anguy.

De quoi traitaient les stupides chansons de Tom, Arya s’en fichait éperdument. Elle se tourna vers Harwin. « Que signifie cette histoire de rançon ?

— Nous manquons cruellement de chevaux, madame. Et d’armures aussi. D’épées, de boucliers, de piques. De tout ce qui s’achète en bonnes espèces sonnantes. Ouais, et de semences également. L’hiver vient, vous vous souvenez ? » Il lui taquina le menton. « Nous rançonnons les prisonniers bien nés. Vous n’êtes pas la première. Ni la dernière, je veux espérer. »

Voilà qui du moins sonnait vrai, perçut-elle. On passait son temps à rançonner des chevaliers captifs, et parfois même des femmes. Mais que se passera-t-il si Robb refuse de payer leur prix ? Elle n’était pas un chevalier célèbre, et les rois étaient censés préférer l’intérêt du royaume au sort de leurs sœurs. Et Mère, dame sa mère, qu’en dirait-elle ? Souhaiterait-elle encore la ravoir, après tous les crimes qu’elle avait commis ? Arya se mâchouilla la lèvre, au comble de la perplexité.

Le jour suivant les mena en un lieu nommé Noblecœur, sur une colline tellement altière que, de son faîte, Arya crut découvrir la moitié du monde. D’énormes souches pâles, uniques vestiges d’antiques barrals, en cerclaient le pourtour. Elle les parcourut avec Gendry pour les dénombrer. Il y en avait trente et une, et certaines d’une telle ampleur qu’il lui aurait été possible de s’y établir pour dormir.



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