
Selon Tom Sept-cordes, les enfants de la forêt avaient jadis consacré Noblecœur, et certains de leurs sortilèges y demeuraient encore actifs. « Quiconque repose ici s’y trouve hors de toute atteinte», affirma-t-il, et elle eut tendance à le croire ; l’éminence dominait de si haut des terres si plates qu’aucun ennemi ne pouvait s’en approcher à l’improviste.
La population des parages, ajouta Tom, évitait le site, réputé hanté par les spectres des enfants de la forêt qu’y avait massacrés le roi andal Erreg, dit le Fratricide, afin de raser leur sanctuaire. Les enfants de la forêt, les Andals, Arya en avait beaucoup entendu parler. Quant aux spectres, ils ne l’effrayaient pas. N’avait-elle pas tout enfant joué dans les cryptes de Winterfell à cache-cache, monstres-et-pucelles et viens-dans-mon-château parmi les rois de pierre sur leurs trônes ?
Cela n’empêcha pas les petits cheveux de sa nuque de se hérisser, cette nuit-là. Elle dormait comme une masse quand la tempête la réveilla. Dépouillée de sa couverture par le vent, elle courait la rattraper dans les fourrés quand elle entendit des voix.
Pelotonnés autour des braises du feu de camp, Tom, Lim et Barbeverte causaient avec un minuscule bout de femme qui, beaucoup plus petite qu’elle-même et beaucoup plus vieille que Vieille Nan, s’appuyait, toute tordue, crochue, ridée, parcheminée, sur une canne noueuse et noire. D’une longueur démesurée, ses cheveux blancs balayaient quasiment le sol et, à chaque rafale, lui environnaient la tête d’extravagantes nuées. Encore plus blanche était, d’une blancheur de lait, sa chair, et elle semblait avoir, pour autant qu’on en pût juger du fond des taillis, des prunelles rouges. « Les anciens dieux s’agitent et m’interdisent tout sommeil, entendit Arya. J’ai vu en songe une ombre où un cœur ardent massacrait un cerf d’or, ouais.
