Duc, songea-t-il un soir. Duc, peut-être. Sonnant assez comme un prénom du cru, cette appellation fut mieux acceptée. Duc, duc Pons, riaient les ruraux qui se prêtèrent de bonne grâce à l'innocente lubie. Elle passa bientôt dans l'usage. En peu de temps Pons devint le duc Pons, connu sous ce titre jusque chez les banquiers de Kuala Lumpur, les hommes d'affaires de Singapour avec lesquels il traitait de plus en plus, de mieux en mieux. Dès 1967 en effet, la plantation retrouvait une prospérité oubliée, la surpassait même en débitant une grosse tonne de gomme par hectare et par an.

Ses héritiers, naturellement, ne s'étaient accordés nulle trêve ni compromis, bloquant le conflit au point qu'il ne pût se résoudre que par décès d'une des parties. Cela se produisit de longues années plus tard en faveur d'une madame Luce Jouvin, épouse d'un ingénieur des eaux. Un 2 novembre à Kuantan, Luce et Raymond Jouvin sortirent en titubant d'un 337 du Malaysian Airline System. Ils étaient fatigués, découragés d'être aussitôt trempés par la mousson de nord-est. Luce entre les trous d'air avait bu trop de liqueur détaxée. Depuis le matin les vents se plaisaient à écoper la mer de Chine, à la vider avec brutalité sur cette partie de la péninsule, le ciel ne prenait plus la peine de se détailler en gouttes mais se défaisait en un flot mou qui explosait sans répit sur les tôles des taxis massés devant l'aéroport, couvrant les chorales de chauffeurs.

A l'abri de la jeep, Pons était contracté. Il identifia tout de suite les Jouvin mais ce furent eux qui l'abordèrent, après deux quiproquos sans gaieté. Jouvin, qui n'avait pas d'épaules, entretenait une raie sur le flanc droit de son crâne, levait à tout propos le sourcil sur un œil pâle, comme Luce il chaussait du 40.



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