
Arkadi et Boris Strougatski
L’Escargot sur la pente
Au tournant, dans la profondeur
de la trouée de la forêt,
Le futur qui m’attend
me sert de serment.
On ne l’entraînera pas dans une discussion
Et on ne l’amadouera pas par la caresse
Il est grand ouvert, comme la forêt
distendu, а la rencontre.
Boris Pasternak.
Grimpe, grimpe doucement,
Escargot, la pente du Fuji,
Plus haut, jusqu’au sommet!
Traduit du russe
par Michel Pétris
De cette hauteur, la forêt était comme une luxuriante écume mouchetée. Comme une immense éponge poreuse couvrant le monde tout entier. Comme un animal qui se serait un jour tapi dans l’attente puis se serait endormi et se serait couvert d’une mousse grossière. Comme un masque informe posé sur un visage que personne n’avait encore jamais vu.
Perets quitta ses sandales et s’assit, ses pieds nus pendant dans le précipice. Il lui sembla que ses talons étaient tout d’un coup devenus humides, comme s’il les avait réellement plongés dans le tiède brouillard lilas qui s’accumulait sous la falaise. Il tira de sa poche les cailloux qu’il avait ramassés, les disposa soigneusement а côté de lui, puis choisit le plus petit et le jeta doucement en bas, dans le monde vivant et silencieux, endormi et indifférent qui avalait pour toujours. L’étincelle blanche s’éteignit, et rien ne se produisit, aucun branchage ne remua, aucun oeil ne s’entrouvrit pour le regarder.
S’il jetait un caillou toutes les minutes et demi; s’il fallait croire ce que racontait la cuisinière uni-jambiste que l’on surnommait Kazalounia, et ce que supposait Mme Bardo, la directrice du groupe d’aide а la population
