locale; s’il ne fallait pas croire ce que murmuraient le chauffeur Touzak et l’Inconnu du groupe de la Pénétration du génie; si l’intuition humaine valait quelque chose et si enfin les espérances pouvaient se réaliser au moins une fois dans la vie, alors, а la septième pierre, les buissons s’écarteraient avec fracas derrière lui et dans la clairière, sur l’herbe foulée, blanchie par la rosée, paraîtrait le Directeur, torse nu, en pantalon de gabardine grise а passepoil mauve, respirant avec bruit, le visage luisant, jaune et rose, velu; il ne regarderait rien, ni la forêt au-dessous de lui, ni le ciel au-dessus; il se baisserait, plongerait ses larges mains dans l’herbe, se redresserait en brassant l’air de ses larges mains et en faisant rouler а chaque fois son ventre puissant sur son pantalon tandis qu’un air chargé d’acide carbonique et de nicotine s’échapperait, sifflant et bouillonnant, de sa bouche grande ouverte.

Derrière, les buissons s’écartèrent bruyamment. Perets se retourna avec circonspection: ce n’était pas le Directeur, mais la personne familière de Claude-Octave Domarochinier, du groupe de l’Eradication. Il s’approcha lentement et s’arrêta а deux enjambées de Perets, abaissant vers lui ses yeux sombres et attentifs. Il savait ou soupçonnait quelque chose, quelque chose de très important, et ce savoir ou ce soupçon immobilisait les traits de son visage allongé, visage pétrifié d’un homme qui apportait ici, sur l’а-pic, une étrange et angoissante nouvelle. Cette nouvelle, personne encore au monde ne la connaissait, mais il était manifeste que tout était radicalement changé, que tout ce qui avait cours auparavant n’avait maintenant plus de sens et que chacun devrait désormais donner tout ce dont il était capable.

— A qui sont ces pantoufles? demanda-t-il en jetant un regard circulaire autour de lui.

— Ce ne sont pas des pantoufles, dit Perets Ce sont des sandales.

Domarochinier eut un sourire et tira de sa poche un gros bloc-notes.



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