
— Vous aimez sans doute vous asseoir ici, poursuivit Domarochinier sur un ton insinuant. Vous aimez beaucoup la forêt. Vous l’aimez? Répondez!
— Et vous? demanda Perets. Domarochinier s’offensa et ouvrit son bloc-notes:
— Ne vous oubliez pas! Vous savez très bien qui je suis. J’appartiens au groupe de l’Eradication, et votre réponse, ou plus exactement votre contre-question, est donc absolument dépourvue de sens. Vous comprenez parfaitement que mon attitude envers la forêt est déterminée par la fonction que je remplis, mais qu’est-ce qui détermine la vôtre? cela je ne le comprends pas très bien. Ce n’est pas bien, Perets, pensez-y: je vous donne ce conseil pour votre bien, pas pour le mien. On n’a pas idée d’être aussi étranger: rester assis au bord de l’а-pic, pieds nus, lancer des pierres… Pourquoi? On se le demande. A votre place, je raconterais tout. A moi. Je remettrais tout en ordre. Vous le savez peut-être, il y a des circonstances atténuantes, et en fin de compte vous n’avez rien а craindre, n’est-ce pas Perets?
— Non, dit Perets. C’est-а-dire évidement, oui.
— Vous voyez. Le naturel disparaît d’un seul coup, et il n’existe plus. A qui est cette main, demandons-nous? Où lance-t-elle une pierre? Ou peut-être а qui? Ou encore sur qui? Et pourquoi? Et comment pouvez-vous rester assis au bord de l’а-pic? Est-ce inné chez vous ou bien vous êtes-vous spécialement entraîné? Moi, par exemple, je ne peux pas rester au bord de l’а-pic. Et je n’ose même pas me demander pourquoi j’aurais pu m’y entraîner. La tête me tourne. Et c’est normal. Un homme n’a aucune raison de s’asseoir au bord de l’а-pic. Surtout s’il n’a pas de laissez-passer pour la forêt. Montrez-moi s’il vous plaît votre laissez-passer, Perets.
