Un cyborg attendait ses ordres dans une morne immobilité. Les machines avaient été utiles au stade préliminaire des fouilles, mais on ne pouvait pas leur confier les travaux de finition. À côté du groupe, une femme était assise, un compad sur les genoux. L’écran affichait une carte cladistique de crânes amarantins. Elle aperçut Sylveste, qu’elle n’avait pas encore vu – il était descendu sans bruit –, referma précipitamment son compad et se leva d’un bond. Elle portait un grand pardessus, et ses cheveux noirs étaient coupés en une frange géométrique sur son front.

— Eh bien, vous aviez raison, dit-elle. Quoi que ce soit, c’est énorme. Et ça a l’air étonnamment bien conservé, aussi.

— Alors, Pascale, une théorie ?

Pascale Dubois était une jeune journaliste de Cuvier. Elle couvrait le chantier de fouilles depuis son ouverture, n’hésitant pas à mettre la main à la pâte avec les archéologues, dont elle avait appris le jargon.

— Ça, c’est votre rôle, non ? Je ne suis là que pour fournir des commentaires. Cela dit, les corps font froid dans le dos, vous ne trouvez pas ? Ils ont beau être non humains, pour un peu, leur souffrance serait palpable.

Sur l’un des côtés du puits, juste avant que le sol ne recommence à descendre, ils avaient mis au jour deux chambres funéraires aux parois de pierre. L’enfouissement remontait à neuf cent mille ans au moins, pourtant elles étaient presque intactes, et les ossements retrouvés à l’intérieur étaient restés dans une position plus ou moins anatomique. C’étaient des squelettes amarantins typiques. Au premier abord, à moins d’être un anthropologue averti, on aurait pu les prendre pour des restes humains : c’étaient des bipèdes de taille quasi humaine, dotés de quatre membres et d’une structure osseuse à peu près similaire, en apparence. Le volume du crâne était comparable et les organes sensoriels, respiratoires et de la locution, étaient plus ou moins disposés comme chez les êtres humains.



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