
Après un moment d’hésitation qui parut interminable, l’autre tourna les talons et repartit furieusement à travers le chantier de fouilles en marchant sur le haut des murets avec l’aisance due à une longue habitude. Le vent qui commençait à forcir faisait légèrement osciller les gravimètres imageurs, délicats instruments disposés sur le pourtour de la grille et pointés vers le fond des puits comme des canons.
Sylveste attendit un peu avant de le suivre, puis il bifurqua rapidement. Près du centre de l’excavation, quatre des carrés avaient été réunis en un seul puits aux parois vitrées, de trente mètres de côté et presque aussi profond. Il dévala l’échelle qui menait au fond. Il l’avait si souvent descendue et remontée, au cours des dernières semaines, que l’absence de vertige était presque plus troublante que le vertige lui-même. Derrière les dalles de la paroi s’entassaient des couches de temps géologique. Neuf cent mille années avaient passé depuis l’Événement. Cette stratification se caractérisait par la présence, sur presque toute la hauteur, de permafrost. Classique, sur Resurgam, à ces latitudes subpolaires. Le sol était gelé en permanence et ne fondait jamais. Plus bas, une couche de régolite avait recouvert les impacts consécutifs à l’Événement, lui-même visible sous la forme d’une ligne de démarcation noire, fine comme un cheveu : les cendres des forêts incendiées.
Le fond du puits n’était pas plan mais formé de marches de plus en plus étroites qui descendaient à quarante mètres de profondeur. Des projecteurs avaient été installés tout en bas, apportant la lumière au sein des ténèbres. Là, dans cet espace exigu, grouillait une activité fébrile. On était à l’abri du vent, et il régnait un silence religieux. Chacun s’affairait, agenouillé sur un tapis, avec des outils tellement précis qu’ils auraient pu servir d’instruments chirurgicaux à une autre époque. Il y avait trois étudiants de Cuvier, nés sur Resurgam.
