
Elle saisit sa tasse de thé chaud, qu’elle nicha dans sa main. Puis elle tendit l’autre main et prit celle de Tiphaine.
« Prête ? demanda Mémé.
— Prête à qu… ? » voulut demander Tiphaine, qui sentit soudain sa main devenir chaude. La chaleur lui remonta le bras, qu’elle réchauffa jusqu’à l’os.
« Tu sens ?
— Oui ! »
La chaleur s’évanouit. Et Mémé Ciredutemps, sans quitter le visage de Tiphaine des yeux, retourna la tasse de thé.
Le thé tomba d’un bloc. Complètement gelé.
Tiphaine était assez âgée pour ne pas demander : « Comment est-ce que vous avez fait ça ? » Mémé Ciredutemps ne répondait pas aux questions idiotes ni, en réalité, à beaucoup d’autres.
« Vous avez déplacé la chaleur, dit-elle. Vous avez enlevé la chaleur au thé pour me la transmettre, c’est ça ?
— Oui, mais sans jamais passer par moi, lança Mémé d’un air triomphant. Tout est question d’équilibre, tu vois ? L’équilibre, c’est ça l’truc. Maintenir l’équilibre et…» Elle s’interrompit. « T’es déjà montée sur ces balançoires à bascule, les tapeculs ? Y a une extrémité qui monte, et y a l’autre qui descend. Mais le point au centre, pile dans l’mitan, lui reste à sa place. Montée ou descente, ça lui passe carrément à travers. Que les extrémités montent très haut ou descendent très bas, lui garde l’équilibre. » Elle renifla. « La magie, c’est surtout affaire de déplacements.
— Je peux apprendre ça ?
— Dame, sûrement. C’est pas dur, si t’as le bon état d’esprit.
— Vous pouvez m’apprendre ?
— Ça y est. Je t’ai montré.
— Non, Mémé, vous m’avez juste montré comment faire, pas… comment vraiment faire !
— Peux pas te dire ça. Je sais comment j’fais. Ta façon à toi de l’faire sera différente. Faut juste que tu t’mettes dans le bon état d’esprit.
