
— Comment j’y arrive ?
— Est-ce que j’sais, moi ? C’est ton esprit à toi, répliqua sèchement Mémé. Remets la bouilloire sur le feu, tu veux ? Mon thé s’est refroidi. »
Il y avait presque de la méchanceté chez la vieille femme, mais c’était ça, Mémé. Pour elle, quand on était capable d’apprendre, on devait comprendre. Ça ne servait à rien de faciliter les choses aux gens. La vie n’était pas facile, disait-elle.
« Tu portes toujours cet affûtiau, à ce que j’vois. » Et elle n’aimait pas les affûtiaux, terme par lequel elle désignait tout objet métallique que portait une sorcière et qui ne servait pas à soutenir, fermer ni attacher. Les affûtiaux, ça relevait des courses en boutique.
Tiphaine toucha le cheval d’argent miniature autour de son cou. Il était petit, simple et il avait une grande importance pour elle.
« Oui, dit-elle calmement. Je le porte toujours.
— Qu’esse t’as dans ce panier ? » demanda alors Mémé en faisant preuve d’une impolitesse inhabituelle. Le panier de Tiphaine était sur la table. Il contenait un cadeau, évidemment. Tout le monde savait qu’on apportait toujours un petit cadeau quand on rendait visite, mais la personne qui le recevait était censée afficher de la surprise et se fendre d’un « Ooh, il ne fallait pas ».
« Je vous ai apporté quelque chose, dit Tiphaine en balançant la grosse bouilloire noire sur le feu.
— T’as pas besoin de m’apporter des cadeaux, dame, répliqua Mémé d’un ton sévère.
— Oui, bon », fit Tiphaine, qui s’en tint là.
Dans son dos, elle entendit Mémé soulever le couvercle du panier. Il contenait un chaton.
« Sa mère, c’est Rosie, la chatte de la veuve Câble, dit Tiphaine pour meubler le silence.
— Il fallait pas, gronda la voix de Mémé Ciredutemps.
— Ça ne m’a pas embêtée. » Tiphaine sourit au feu.
