
Une butte blanche s’était formée là où, quelques heures plus tôt, se dressait un petit bouquet d’épineux sur un ancien tertre. L’année précédente, à la même époque, y fleurissaient quelques primevères précoces ; aujourd’hui, ce n’était que neige.
Un coin du manteau blanc bougea. Un paquet de neige de la taille d’une pomme se souleva, autour duquel s’échappèrent des flots de fumée. Une main pas plus grande qu’une patte de lapin chassa la fumée.
Une petite tête bleue très en colère, le paquet de neige encore en équilibre à son sommet, jeta un coup d’œil à l’étendue soudain déserte et immaculée.
« Ah, miyards ! grommela-t-elle. Raviseuz-mi cha ! C’eut le travay de l’iverieu ! Un aepwasonneu qu’il faut pwint contrarieu ! »
D’autres paquets de neige se soulevèrent. D’autres têtes jetèrent des coups d’œil.
« Oh bondlae de bondlae de bondlae ! fit l’une d’elles. Il a rtrouveu la ch’tite michante sorcieure jaeyante ! »
La première tête se tourna vers celle qui venait de parler et lança : « Guiton Simpleut ?
— Win, Rob ?
— Je vos ai pwint dit d’oublieu cette histware de bondlae ?
— Win, Rob, vos l’aveuz dit, reconnut la tête qu’on venait d’appeler Guiton Simpleut.
— Alors pourkwa vos veneuz de le faere ?
— Pardon, Rob. C’eut sorti tout seu.
— Cha daecouraje.
— Pardon, Rob. »
Rob Deschamps soupira. « Mais vos aveuz maleureusemaet raeson, Guiton. Il vieut pour la ch’tite michante sorcieure jaeyante, c’eut seur. Qui la survaye en bas à la faerme ?
— Ch’tite Pwinte Dangereuse, Rob. »
Rob leva les yeux vers les nuages si chargés de neige qu’ils s’affaissaient en leur milieu. « D’accord, dit-il avant de soupirer encore. L’heure du aeros est venue. »
Il se rabaissa hors de vue, le paquet de neige retombant pile en place, et il descendit en glissant dans les entrailles du tertre feegle.
