Seulement, il ne peut pas s’agir d’un jeu parce que les agneaux meurent. Je n’ai que treize ans, et mon père, ainsi qu’un tas d’autres gens plus âgés que moi, veulent que je fasse quelque chose. Et je ne peux pas. L’hiverrier m’a retrouvée. Il est maintenant ici, et je suis trop faible.

Ce serait plus facile s’ils me brutalisaient, mais non, ils me supplient. Mon père a la figure grise d’inquiétude et il me supplie. Mon père me supplie.

Oh non, il ôte son chapeau. Il ôte son chapeau pour me parler !

Ils s’imaginent que la magie vient toute seule dès que je claque des doigts. Mais si je ne fais pas ça pour eux maintenant, à quoi je sers ? Je ne peux pas leur montrer que j’ai peur. Les sorcières n’ont pas le droit d’avoir peur.

Et c’est ma faute. C’est moi qui ai tout déclenché. C’est à moi d’y mettre un terme.

Monsieur Patraque s’éclaircit la gorge.

«… Et… euh… est-ce que tu pourrais pas… euh… le chasser par magie, euh… ou autrement ? Pour nous ? »

Tout dans la ferme était gris, parce que la lumière des fenêtres filtrait à travers la neige. Aucun villageois n’avait perdu son temps à dégager les maisons de l’horrible élément. On avait besoin ailleurs de tous ceux en mesure de tenir une pelle, et leur nombre était encore insuffisant. Pour tout dire, la plupart étaient restés debout toute la nuit à faire marcher les troupeaux de jeunes chevaux, à tâcher de préserver les jeunes agneaux… dans le noir, dans la neige…

Sa neige à elle. C’était un message pour elle. Un défi. Une sommation.

« D’accord, dit-elle. Je vais voir ce que je peux faire.

— T’es une bonne fille », fit son père avec un grand sourire de soulagement.



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