
De même l’œcuménisme militant de la Culture, sa brutalité de bonne foi, son éparpillement en îles, la bonne éducation et la courtoisie teintées d’ironie de ses ressortissants, la sincérité de leur cynisme, leur bon droit accoté à une mauvaise conscience, la touche de désespoir brumeux qui les submerge soudain, aussi vite réprimée, leur goût du confort et de la mesure, un certain sens des convenances qui n’exclut pas l’excentricité, un puritanisme de façade qui vire aisément au sentiment mais dont le puritain profond ne s’embarrasse pas, tous ces traits évoquent fortement les sujets de Sa Gracieuse Majesté. En un sens la Culture, telle que la perçoit et la retranscrit Iain M. Banks, est une version agrandie de ce qu’aurait pu devenir l’Empire britannique ou le Commonwealth, s’il avait été réellement ce qu’il prétendait qu’il aurait dû être.
Personne, autant que je sache, n’a reproché à Tacite d’être romain et de juger les Romains en Romain.
Sachons gré à Iain M. Banks de nous avoir ramené de la Culture un portrait aussi fidèle, même teinté par ses lunettes, que Marco Polo de la Chine. Il a renouvelé, pratiquement d’un coup, trois grands germes littéraires, l’utopie comme on a dit, le thème de la société galactique, et enfin le space opéra. Cet Écossais francophile peut bien nous le chanter sur l’air du Rule Britannia.
Gérard KLEIN
Première partie
UNE PLATE-FORME EN CULTURE
Chapitre 1
